Un putain d'août brulant // Sur l'ile, c'est le petit matin, les volets sont fermés, le sun d'aout frappe déjà son plein, celui d'un été hurlant. Ma mère dort telle une guerrière fragmentée le corps fracassé d'un amour  à en crever, elle est là, au repos,  telle une bambine dans le lit de ma grand mère malade, sa mère, dans son dernier été au village. Comme un putain d'aout brulant, une plaie à vif, ma muse, à jamais présente. Le 3 aout 2013 // 9H06 // Belvédère // Corse
Un putain d'août brulant // Sur l'ile, c'est le petit matin, les volets sont fermés, le sun d'aout frappe déjà son plein, celui d'un été hurlant. Ma mère dort telle une guerrière fragmentée le corps fracassé d'un amour  à en crever, elle est là, au repos, telle une bambine dans le lit de ma grand mère malade, sa mère, dans son dernier été au village. Comme un putain d'aout brulant, une plaie à vif, ma muse, à jamais présente. Le 3 aout 2013 // 9H06 // Belvédère // Corse
Maria Maddalena
2015.06.01 // A Soccia
extrait de "la palabre de l'intérieur"
trente mai
campu santu
"a soccia"
le sun frappe
j'ai foulé la terre le regard au ciel
croisé silencieux Laura et Gabriel
et j'ai chialé
un peu plus loin sur la colline
le cul posé sur la tombe de mon père
sur cette pierre brulante, les mains dans la terre
toi là en bas
et moi le regard droit sur la montagne
me suis dit que je n'aurais jamais assez de temps Pa
pas assez de temps
dans cette putain de vie
pour m'accomplir
.
comme sept printemps, d'un deuil à composer
mon père qui s'enfuit au son des cloches
puis la lune tumeur dans la caboche qui se nait et se veut d'un arpège déglingué
comme un passé qui te dévore et t'émeut de l'intérieur
de la paroi qui s'effrite jusqu'au mental qui se les bancale peu à peu
silencieux
comme toujours
la lune tumeur, elle, un soir au village
défoncé devant le ciel étoilé
l'un de ces instants où t'as le golfe entrouvert devant toi,
là où ton corps se déleste
la vague dans le creux,
la roche humide et l'embrun sur tes mains,
là où t'as faim de fragments de vie encore et en corps,
d'ellipse entre ses bras et de mélodies qui te happent
là où tu crèves de mots alors qu'il ne te reste plus que les cris
l'un de ces instants où là devant le ciel étoilé, défoncé
un soir de village avec ma lune tumeur
comme un pacte soleil lune de l'au-delà,
bien interné dans ta boîte crânienne
et dans un murmure bruissé à l'enfance,
pas à pas et à demi mot, telle une putain de hyène
je lui causa deux mots à la "tu meurs"
comme une rengaine de môme
deux mots dans sa ptite gueule de tumeur de merde
"si tu grandis ma belle et que tu me crèves... je te crève aussi"
c'était dit
.
la lune tumeur a fui et j'ai vu pour la énième fois la vie, comme sorti d'un autre ventre, d'un bloc blanc, d'un bloc froid, sept heures de crâne ouvert, de visage replié, dégainé à la walking dead et balafré pour l'éternité, mais j'étais là, l'ami(e), j'étais là, il me restait la caboche en deux, des rêves plein le gosier, une colère à dégainer, un tout à réinventer et une rage comme un amour débordant débordé de vie, le regard buriné et déchiqueté entre un avant et l'après, trépané à l'ancienne comme un putain de guerrier inca,
comme un seul en scène
dos au mur
comme toujours
et en silence
.
ça verba alors dans les chaumières
tu sais
les merdeux les certains pour sûr
comme quoi le malin fut encore dans un creux du bambin, le geste facile et le verbe hautain
dis leur bien l'ami(e) que je les emmerde cérébral profond, de près comme de loin
.
pas assez de temps Pa
comme sept printemps, de deuils, à composer, encore et en corps
la mélodie perverse qui se fait la malle avec narcisse et princesse
et ces femmes,
comme des bouts de moi, des bouts de chair, qui faiblissent et s'en vont peu à peu,
de ces ptites femmes perdues, d'un autre temps, qui m'en ont donné d'la vie et d'l'envie, des mots et d'la chaleur
de ces femmes peu à peu perdues dans cette maison, leur maison, dans leur histoire, ton histoire, dans leur geste, leur féminité, dans le temps et l'aride, la sagesse et la mort
dis toi que peu à peu, je l'ai vue
la vieillesse
feindre sa beauté sans âge
elle était redevenue ptite chose
presque toute chose et amaigrie, dans son ptit chemisier,
ses ptites robes à fleur,
drapée de simplicité
et je l'ai vue errer chanceler
dans ce passage,
celui que l'on nomme, par défaut de conscience,
le dernier
et je l'ai vue lutter, continuer à donner, se donner et lambiner peu à peu jusqu'à la mort
en silence
comme toujours
parce que chez nous l'ami(e)
on ne montre pas
souvent on tait
et moi je suis pas un taiseux
les taiseux je les emmerde
l'amour la douleur la colère les larmes et tes projections je tais pas
la confusion, je ne la voile pas
peut-être parce que je viens d'un autre temps d'une autre époque
peut-être parce que je m'en moque
de leur non dit
peut-être parce que j'en ai peur
il m'effraie ça me renferme
les cons dits et les quand dira-t-on
jusqu'à imploser, brûler, exploser
la faute à qui à quoi
des schémas dévastateurs à l'archétype castrateur
la faute à qui à quoi
tu sais
une île aussi, ça peut crever
de l'intérieur
et de toute manière, tu crèveras seul, dis le toi, l ami(e)
de toute manière dans le spleen de l'automne
on crève toujours seul
.
de ces petites femmes j'te dis
j'ai appris l'intime
et je les ai vues mourir mille fois
et j'en ai chialé sept longues années
de les voir partir peu à peu
et aujourd'hui je sais
je sais
aujourd'hui je sais
le village, ton village, leur village
je sais
dans les deux sorru
cet oiseau qui se déploie,
ses ailes en croix, là au dessus de moi
aujourd'hui je sais
dans le clocher qui tonne
dans la rivière qui frissonne
je sais
ce campu santu dans le valinco
face à la mer
je sais
dans les deux sorru, au milieu des montagnes, un pied dans la rivière
je sais
quand je vois un feuillage, un bruissement, dans le vent, ton ombre dans la pierre
je sais
dans mon sommeil quand tu es là ma muse
jusqu'aux petits matins froids
en panique d'un avenir fucké
dans le béton armé et le bitume fissuré
je sais
dans la cité grise mine,
là où la fatiguée penche penche penche, prête à s effrondrer
je sais
.
aujourd'hui je sais
p'tite mamie
ce rêve initiatique
sept semaines après ta mort
je sais
ce matin de février deux mille quatorze
réveillé en sursaut, engorgé
comme asphyxié,
dans le malaise de la fin deux mille treize, de ce jour où...
j'ai crié
je me souvenais d'un tout d'un rien
comme mille fragments d'une vie
la peur en repli
.
j'étais là
dans cet appartement en U
j'étais là et j'errais dans l'inconnu, ce lieu pourtant d'une vie qui fut,
et aussi ce lieu dans ma caboche et en devenir,
avec ses creux et ses impasses, ses lieux dits de non dit
d'un autre temps et pourtant d'une même histoire
dans le premier couloir de l appartement rêvé
une chambre d'amoureux avec fenêtre sur mort
un cimetière lumineux là au dehors
un peu comme ce Père Lachaise où je me perds dans l'automne, l'hiver, le printemps et l'été
dans sa maghja, comme au village, sur le sentier,
comme une terre sacrée, païenne,
un passage vers toi, vers eux peut-être
un endroit où je te rencontre
peut-être parce que ca m'apaise aussi
leur silence
peut-être parce que je suis déjà mort mille fois en silence
et peut-être parce que je suis né
mille et une fois l'ami(e) aussi
parce que fallait bien que tout ça ait
un sens
.
une chambre donc
avec fenêtre sur la mort
comme une vue de l'esprit
inconsciente
celle qui me lie à la vie mort vie
celle que tu ne comprendras pas toi si tu lis
celle qui te lie à la terre mais au ciel aussi, en phase, comme un flux indicible et organique, un truc qui te dépasse
celle qui te rend humble et proche de,
unique
.
dans le second couloir sur la gauche
au bout de
une chambre d'enfant dans le noir
en contreplongée
une chambre d'enfant vide
une chambre d'enfant seul
une chambre en attente et froide
une peluche posée sur l'oreiller
le cadre d'un clown triste de Buffet emmuré
et sans vie
c'est peut-être moi qui erre dans l'enfance perdue
c'est peut-être moi et ma peur d'être parent,
de l'inconnu
c'est peut-être moi dans la peur de l'enfant ému
la peur peut-être
de ne jamais avoir d'enfant
parce que putain d'animal perdu
et peut-être parce que le temps file aussi l'ami(e)
et le temps est une pute éperdue
.
dans le dernier couloir
au bout de l hémisphère droit
une porte
derrière la porte un lit
dans le lit une femme, et derrière le lit
une baie vitrée lumineuse d'un je ne sais quoi,
d'un blanc qui t'aveugle les sens,
comme paralysé
derrière cette porte, dans ce lit, cette femme,
une vieille femme aux cheveux blancs, une femme au visage rongé par la douleur, la bouche entrouverte, les yeux fermés, une femme couverte d'un drap, une femme froide, décharnée,
posée, là, sur ce lit
j'avais peur
comme attiré, triste et tétanisé
j'avais la culpabilité dans le creux, celle de ne pas avoir été là, près de toi, dans cet instant là, celle de ne pas avoir pu fermer tes yeux une dernière fois, celle de ne pas avoir pu te sentir, toucher, effleurer tes cheveux, celle de ne pas avoir pu poser quelques larmes sur ton visage, dans ton souffle encore chaud,
celle qui me rongea
jusqu'à ce jour d'avril deux mille quinze où de l'au delà tu me happas
dans le creux
deux ans après ta mort
mon ange
.
et pourtant tu sais bien toi l’ami(e), toi qui lis, que j'emmerde le barbu là haut aux cieux... tu sais toi, que je ne crois en rien, qu'à l'humain, l'intime, au flux et tu sais toi que j'avais à cet instant là, la peur au bide, une peur transcendante et c'était peut-être ma peur déjà dans cette lumiere blanche qui transperçait ma pupille dans ce rêve des sept semaines, c'était peut-être toi qui me parlais déjà à cet instant là, c'était peut-être toi qui me donnais ce que je pensais être une dernière fois d'une vie, d'un ailleurs que j'attendais depuis mille et une vies déjà
cet ailleurs
je le palpa des années après ta mort
dans l'avril transcendant
.
et dans cette chambre
dans mon rêve, là, près de toi
une main se posa sur mon épaule à la dérobée, la main de mon frère
"ne reste pas là mon frère il fait froid"
et parce que j'étais seul dans cette maison, cette main me surprit
j'avançais vers ce lit, chialant l'horizon plein
convulsé main dans la main avec toi
.
ellipse toi j'te dis
ellipse toi vite de ta paroisse l'ami(e)
sinon tu ne piteras rien à l'ailleurs que je te conte, aux mots sagaces que je te caillasse à la louche, à la palabre stellaire qui te découche,
et je serai de nouveau une proie, j'aurai la colère dans la viscère
tu me feras sentir comme incompris
plein de vers de glaire
et je te gerberai un peu plus
plein de mépris
entier
.
à la sortie de ce U tourmenté
de mon rêve
des escaliers comme fantasmés
des escaliers qui descendent et un homme, un viel homme barbu et immobile, aux cheveux longs, un viel homme qui me dévisage comme si
un homme sous un pont
un pont parisien
un homme de la rue
un homme du si du la et du do
un homme seul
un homme pauvre
du sol
un homme sale
un migrant du temps, un incompris, un crève la mort, un réfugié de l'intérieur
un voyageur, un inconscient, plein de vie
dans l'irraisonnable et l'exil
dans les cris
un homme comme un autre
les yeux dans les yeux
comme une possibilité
là devant moi
comme une peur
là encore devant moi
comme une vie d'artiste de merde à finir par crever la dalle sur le carreau des territoires à terre
à t'en donner
à taire
et je vous emmerde
.
"ellipse toi je te dis, ellipse toi l ́ami(e)
épilogue toi dans l'infini
dans la vallée barbelée de tes rêves brisés "
dans la rue de l'entrée principale de mon rêve,
au point A du U tourmenté
je suis là, groggy, épuisé du voyage
revenir au point D me semblait il
à l'origine de ces mots
j'en tremblais
comme une journée d'été lourde
prête à
j'en tremblais déjà
.
dans cette rue, ma grand mère
fragile mais debout, dans la force, sur terre
elle s'avance et me prend la main
comme mille fois lors de nos derniers aurevoirs
à l'époque avant de s'enlacer, l'embrasser tendrement
la peur au bide toujours de partir de l'île
pour y revenir en noir
on part toujours de l'île un jour pour y revenir de noir vêtu
on part toujours de l'île pour retrouver un mort dans son cercueil
on part toujours de l'île avec ce goût âpre de l'intérieur comme un truc qui nous tient de l'intérieur et qui te ramasse te traine et t'étouffe de l'extérieur
on part toujours et c'est violent
peut-être comme ce sentiment d'appartenance à une terre une tribu une mémoire un sang versé
peut-être de savoir où est le lien
même dans l'absence
blessé
laisser la vie pour y retrouver la mort
on part toujours de sa terre avec la colère
le désir d'y revenir vite pour enlacer l'être cher
avant de prendre l'envol
cette peur là me tuait,
ça me hantait
alors
avant de s'enlacer et de se dire je t'aime au creux de
et sans le dire
elle me prenait à part, la main
et dans cette main, un peu de monnaie
comme elle disait
les yeux dans les yeux toujours
avec ce petit shut qui en disait tant
et dans ses yeux mon ami(e)
c'était un monde ouvert
y avait tant de force et d'amour
aucune frontière
"ne le dis pas, poussin, c'est pour toi pour manger, te vêtir "
cette simplicité
ça me faisait chialer
ce petit corps se mourrait et qui pensait à me nourrir
l'intelligence du cœur, la survie
la seule et unique qui parle et reste
le reste c'est un bout de papier qui se perd et se passe de main en main
le reste reste quantifiable, et là l'ami(e)
on parle autre
t'entends
?
ce petit shut en disait tant
et j'ai compris où était ma vie de ptite pute sur cette putain de terre
d'un rien qui se veut
un tout
.
en bas du U tourmenté
à l'origine de
mains dans ses mains,
elle, collée tout contre moi,
je sentais ses os et tout son être,
la chaleur dans tout cet être
.
et j'entends encore ses mots
les mots de cette nuit là
j'entends encore tes mots
là dans mon rêve
tout bas
sept semaines après ta mort
j'entends encore tes mots
dans mon sommeil
ton regard de chouette posé sur mon regard de loup
j'entends encore tes mots
mains dans tes mains
en bas du U et des fleuves tourments
j’entends encore tes mots
« tout va bien se passer mon chéri
tout va bien se passer »
avec ce regard là l'ami(e)
en face de moi
ce regard qui en disait tant
« Tout va bien se passer mon chéri
Tout va bien se passer »
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