#DOSOMETHINGFORNOTHING
Joshua Coombes est coiffeur britannique, fondateur de "Do Something For Nothing" il parcourt les grandes villes du monde pour offrir des coupes de cheveux aux sans-abris. Lors de ses venues à Paris nous avons tracé dans Paris à la recherche de de femmes et d'hommes à la rue qui voulaient bien que Josh prenne soin d'eux. Je n'avais pas pris conscience que je serais l'interlocuteur privilégié parce que palabrant la langue de Molière, je palabrais la vie pendant que Josh coupait le cheveu, tout en s'inquiétant à chaque instant de leur bien-être, de leurs envies, précis, doux, attentionné. Tous parlaient de sensation de douceur, certains s’endormaient, leur traits s'apaisaient au fur et à mesure... Peu à peu, leur visage changeait sous ses mains, un à un, c'était beau. Intimement violent.
Ce reportage parle d’un instant éphémère dans leur traversée, d'une dignité retrouvée le temps d’un instant.
#DOSOMETHINGFORNOTHING
Joshua est un auteur et coiffeur britannique, fondateur de Do Something For Nothing. Josh a délaissé le salon de coiffure dans lequel il bossait et parcourt les grandes villes du monde pour couper les cheveux des sans abris. Lors de ses venues nous avons tracé dans Paris à la recherche de sans abris qui voulaient bien pour que Josh prenne soin d'eux. J'ai croisé Emma, Mellow, leurs chiens, Elisabetta, Alpha, Buzz, Sebastien, Paulo, Zoar, Cedric, Daniel, x, Farid, Karim, David, Bachir et tous leurs ami(e)s, compagnons de rue aussi... J'ai croisé la rue, mais cette fois, l'ami(e), ça a laissé des traces.
Quand je pars fixer l'instant, je ne prévois rien. Je ne réfléchis à rien en amont. Quand je pars fixer l'instant, je me laisse porter, atteindre, déstabiliser. Quand je pars fixer l'instant, je veux que ce soit l'instinct qui porte, parce que c'est l'instinct qui porte qui fait l'instant, alors je suis ouvert à tout, aux mots aux gestes à l'indicible. Je suis ouvert aux énergies à la chose magnétique et je fixe en silence. Je n'avais pas pris conscience que je serais l'interlocuteur privilégié parce que palabrant la langue de Molière, parce qu'aimant palabrer et partager physiquement tout simplement... je palabrais la vie pendant que josh coupait le cheveu, tout en s'inquiétant à chaque instant de leur bien-être, de leurs envies, précis, doux, attentionné. Tous parlaient de sensation de douceur, certains s'endormaient, d'autres leur traits s'apaisaient au fur et à mesure. Leur visage changeait peu à peu, un à un, c'était beau. Violent.
Je n'avais pas prévu la claque dans ma putain de gueule le vendredi soir en rentrant après une première journée d' excités, une traversée barrée jusqu'au crépuscule hurlant, je n'avais pas prévu et dans la nuit, posé au fusain, j'ai chialé. Durant ces jours, la ville c'était eux, plus personne n'existait, Paris c'était plus rien, on pouvait être dans le trou du cul du monde, je m'en branlais. La ville c'était eux. C'était eux qui m apprenaient les yeux dans les yeux l'haleine pleine d alcool, de fusain, de vie, la ville c'était eux, pleine vacillante belle errante d amour de sincérité de regards cassés de parcours défoncés de pays traversés de langues contées.
J'y ai vu des femmes des hommes d'abord sur leur garde, des femmes des hommes, des jeunes hommes de jeunes femmes s'ouvrir, lâcher prise, comprendre le geste de Josh, son élan, me dire oui, lui dire oui, avoir peur du ratage, du trop court, pas assez dégradé, de pas être sur d'être beau, bien mis, d' exprimer leur souhait, leur crainte, certains voulaient enrouler la femme le soir même déjà saouls, d' autres devaient se rendre à la préfecture pour récupérer des papiers d'identité, je les ai vu s'assoir, se laisser prendre en photos, gênés, puis décontractés et apaisés, nous étions dans le mot, les regards, j'ai fixé l'instant avant pendant après, on s'est vu proposer des bonbons des bracelets " ici, c'est Paris" des chocolats du shit du vin et de la bibine, pour nous remercier d'être là, avec eux, tous me parlaient politique, cop21, attentats, folie, migrants, désespoir, daesh, famille, intimité, travail, hygiène, vie d'avant, vie d'après.. les entendre parler anglais, rire, poser des questions à Josh sur le pourquoi du comment, échanger nos mails, souvent un facebook, se demander aussi si on reviendrait le mois d'après, s'occuper d'eux, qu'ils pensaient ne jamais avoir vu çà avant...
J'ai vu des femmes des hommes, jeunes hommes jeunes femmes, se découvrir dans le miroir, pleurer, sourire, se trouver, mieux, beaux, plus nets, embrasser Josh le serrant fort, l'enlaçant une première, puis une seconde fois, voulant une photographie avec lui, un selfie, avec lui, avec nous... Des thank you merci gracias grazie mille et je t'en passe...
Et je t'ai vu toi David, cinquante quatre ans, on parlait de ton Sénégal natal, de Léopold Sedar Senghor et je t'ai vu pleurer pudique, parce que dans notre échange fleuve, pourtant empathique, j'avais posé la question de trop, celle qui creuse trop et j'ai pris peur, l'ami(e), j'avais le creux dans la gorge, les spasmes montaient, je me suis excusé de mon ignorance et je t'ai vu pleurer, me prendre dans tes bras, serrer fort et me dire
"tu savais pas"
"tu savais pas"
Aujourd'hui
Je vous sais un peu plus
Je vous sais un peu plus